collectif CONTRAST

consentement capacité contrainte santé mentale

Contrainte et recherche qualitative en santé mentale

1 commentaire

(Coercion & QRMH)

Début septembre, dans un site enchanteur sur les hauteurs de Chania, en Crète, s’est tenue la cinquième conférence Qualitative Research on Mental Health. Des acteurs et universitaires aux parcours professionnels variés, notamment sociologues et psychologues, se sont réunis pour réfléchir à une question très large : les approches qualitatives des pratiques actuelles en santé mentale. Si plus de vingt nationalités étaient représentées, un grand nombre de participants arrivaient du Royaume-Uni et de l’Europe du Nord, où se sont déroulées les précédentes conférences.

Livia Velpry participait à ce forum international transdisciplinaire au nom du Collectif Contrast. Dans une communication co-signée avec Benoît Eyraud, intitulée « Meaning of confinement in specialized psychiatric practices », elle présentait leur article, à paraître cette année dans la revue Culture, Medicine and Psychiatry. S’appuyant sur une analyse du récent développement des unités psychiatriques sécurisées en France, l’article décrit les efforts déployés par certains psychiatres pour intégrer les pratiques de l’enfermement et de la contrainte comme de vrais outils cliniques. Il conclut que ces efforts ne résistent pas à une critique sécuritaire dans le débat public.

Dans la même session, Yannis Gansel, psychiatre et doctorant en anthropologie à l’IRIS, et seul autre participant français à cette conférence, a repris la problématique des pratiques contraignantes dans le soin psychiatrique en France actuellement. Mettant l’accent sur la référence à la contention comme outil clinique dans les pratiques de soin auprès des adolescents, il en a tracé la généalogie à travers une analyse de la littérature scientifique. Est-ce une coïncidence, en tout cas les deux présentations françaises traitaient de la question des pratiques contraignantes dans le soin psychiatrique.

Une autre session de la conférence abordait les pratiques de contrainte en Europe. Jorun Rugkåsa, une sociologue impliquée dans différents programmes de recherche sur la contrainte dans les soins ambulatoires au Royaume-Uni, dont l’ambitieux programme OCTET (Oxford Community Treatment Order Evaluation Trial), explorait à travers sa présentation les expériences que les aidants familiaux ont de la contrainte et des pressions à la prise de traitement au Royaume-Uni. De par l’importance du rôle de la famille dans la prise en charge, tout particulièrement dans le cadre des soins ambulatoires, les aidants sont constamment confrontés à ce problème. Jorun Rugkåsa a choisi d’étudier quant à elle la façon dont les aidants familiaux perçoivent et utilisent les pratiques contraignantes formelles et informelles, en s’intéressant également aux effets de ces usages sur la dynamique de leur relation avec les professionnels de santé mentale.

Stefan Sjöström, sociologue rattaché à la Umeå Universitet en Suède, a développé la notion de « contexte coercitif » afin de rendre compte du caractère parfois diffus des des pratiques contraignantes dans les unités hospitalières. Le contexte coercitif est notamment défini par diverses caractéristiques du lieu et de l’organisation du travail, qui ne ne sont pas nécessairement toutes directement contraignantes, mais qui contribuent à engendrer une situation dans laquelle les usagers finissent par faire ce que les professionnels attendent d’eux sans directement les forcer.

Au cours du débat animé qui a suivi, il est apparu que les préoccupations du Collectif Contrast entrent en résonance avec d’autres initiatives de recherche et réseaux de pays intéressés par les pratiques contraignantes. En plus du projet OCTET déjà mentionné, le Norwegian network on coercion ouvre la perspective de discussions comparatives avec des chercheurs et des acteurs. Une communication sur l’analyse des écrits professionnels de santé, présentée dans une autre session, touchait très directement aux préoccupations méthodologiques actuelles du Collectif Contrast. Niels Buus a présenté une lecture critique des analyses qualitatives des écrits infirmiers et en est arrivé à la conclusion qu’une véritable analyse discursive reste à faire à partir de ce matériau. La prochaine conférence Qualitative Research on Mental Health se déroulera dans deux ans au même endroit. Espérons que ce sera alors l’occasion pour le Collectif Contrast d’entamer une large discussion interdisciplinaire et internationale sur les pratiques de la contrainte en santé mentale !

Publicités

Une réflexion sur “Contrainte et recherche qualitative en santé mentale

  1. Pingback: Coercion & QRMH | collectif CONTRAST