collectif CONTRAST

consentement capacité contrainte santé mentale

Workshop « Aides-soignantes, auxiliaires polyvalentes et autres préposés aux bénéficiaires à domicile et en hébergement », Haute Ecole de Santé Vaud, Lausanne, mars 2015

A l’initiative d’Annick Anchisi (Haute Ecole de Santé Vaud), et d’Eric Gagnon (Centre de santé et de services sociaux de la Vieille-Capitale, Québec), un workshop a rassemblé à Lausanne (Suisse) pendant deux jours une dizaine de chercheurs, autour de la question des intervenantes de première ligne dans la relation d’aide et de soin. L’objet du séminaire était d’examiner la place des professionnelles les moins qualifiées dans les dispositifs socio-sanitaires, la nature des tâches qu’elles effectuent ainsi que les conditions de leur réalisation.
Le repérage et l’analyse des pratiques mobilisées par ces professionnels (Aides Soignantes, Agents de Service Hospitalier, Auxiliaires de Vie, désignées au Québec comme des Préposées aux Bénéficiaires) intéressent directement le programme Contrast. Ces soignants entretiennent en effet des rapports de très grande proximité corporelle et émotionnelle avec les patients ou les résidents. C’est dans cette proximité que se définit concrètement et de façon interactive la relation d’aide et que s’actualisent des pratiques pouvant avoir (ou non) des dimensions contraignantes.
L’une des principales difficultés dans l’analyse de l’activité de ces acteurs de première ligne est la très grande hétérogénéité des agents qui composent la (ou les) profession(s), ainsi que la diversité de leurs pratiques. Certes, en France le monde des aides-soignantes est relativement stable dans sa composition puisqu’il est toujours aussi féminisé et ne concerne pratiquement que les classes populaires (A.M. Arborio, Aix-Marseille). Il tend à se distinguer de celui des professionnels qualifiés qui sont de plus en plus en retrait comme cela est le cas par exemple des infirmières qui ont tendance à déléguer certains soins et à occuper des places de direction, de coordination ou d’administration (A. Anchisi, Lausanne). Mais cette distinction, entre le front et l’arrière, ne suffit pas à unifier le monde des aides-soignantes. Non seulement parce que la diversification des formations et des modes de recrutement ont conduit à une forte hétérogénéité au sein de la profession (A.M. Arborio, Aix-Marseille), mais aussi parce qu’un processus de différenciation opère au sein même des équipes au travers de la façon dont les agents tendent à renvoyer le « sale boulot » à ceux qui sont le moins expérimentés jusqu’à produire une sorte de hiérarchie informelle (F. Dubois, Bruxelles). Ce processus de différenciation accentue le phénomène d’individualisation des pratiques déjà très présent dans le travail relationnel dont la qualité dépend en grande partie des dispositions personnelles des intervenantes (N. Jauvin, Québec). Bien que celles-ci partagent des conditions de travail difficiles, qu’elles soient discréditées par les professionnels plus qualifiés, et que finalement leur travail demeure peu visible, les préposées aux bénéficiaires ne sont pas solidaires entre elles (N. Jauvin, Québec, F. Dubois, Bruxelles).
Ainsi, c’est dans un certain isolement que les intervenantes de première ligne exercent leur métier et qu’elles doivent à la fois incarner les valeurs telles que le respect, l’intégrité et l’autonomie des patients et se soumettre aux exigences d’un management qui privilégie l’efficience et la productivité. Les professionnelles « font ce qu’elles peuvent » (A. Anchisi, Lausanne, E. Gagnon, Québec) et naviguent entre des pratiques qui sont soit conformes soit au contraire très éloignées du travail prescrit. Que ce soit en établissement ou à domicile, les préposées usent de diverses tactiques (M. Pott, Lausanne) et de ruses (P. Vidal-Naquet, Lyon), pour faire leur travail. La régulation de ces pratiques centrées sur l’indispensable (A. Anchisi, Lausanne) passe par une certaine protocolisation de l’activité (M. Pott, Lausanne), laquelle contribue à marginaliser les aides-soignantes et à les déposséder un peu plus de leur savoir-faire (F. Dubois, Bruxelles).
Le cadre de travail ne produit pas toujours de telles formes de régulation. Dans les unités de soins palliatifs, les aides soignantes ont un tout autre rôle. Dans ces structures, les médecins sont appelés à « soigner sans guérir ». Pour définir les lignes de soin, les médecins ont besoin de l’expertise des paramédicaux concernant le confort des patient (F. Schepens, Dijon). Contrairement à ce qui se passe en gériatrie, les aides-soignantes ne restent pas isolées. Elles sont au contraire intégrées dans les équipes et participent à la construction d’un savoir collectif (M. Castra, Lille). En même temps, les collectifs de travail jouent un rôle essentiel dans la régulation de leur travail émotionnel, fortement sollicité dans de telles unités de soin.
La régulation de la pratique des préposées aux bénéficiaires ne repose pas uniquement sur leur participation (ou leur non participation) dans les collectifs de travail ou sur des protocoles. Ainsi dans les centres d’hébergement de soins de longue durée au Québec (Nursing home aux Etats-Unis ou EHPAD en France), des dispositifs éthiques – Conseils Ethiques, Equipes de Suivi, Commissaires aux plaintes – peuvent être saisis aussi bien par les usagers que par les préposées. Susceptibles d’arbitrer les conflits ou de litiges entre résidents et préposés, de tels dispositifs tendent à réguler les conduites et les pratiques professionnelles dans les centres d’hébergement. (E. Gagnon, Québec).
Une publication d’un ouvrage sur ce thème est prévue pour 2016.

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