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Colloque des 39 au Sénat, 9 septembre 2015 : discussions autour de l’amendement visant à réguler la contention et l’isolement

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Avant que le Sénat ne commence à examiner le projet de loi sur la modernisation du système de santé , le collectif des 39 a souhaité, par ce colloque, interpeller les sénateurs. CertainEs d’entre eux étaient d’ailleurs dans la salle et ont participé aux échanges, dont Aline Archimbaud, sénatrice de Seine Saint-Denis qui a introduit le colloque. Bien que l’évènement fût constitué de 3 tables rondes (« Alerte : un enfant risque de ne plus être soigné » ; « Pour l’hospitalité de la folie, non à la contention ! » ; « Quels espaces citoyens pour les patients dans les établissements du sanitaire et du médicosocial ? »), l’interpellation concernait principalement la contention, que le collectif des 39 souhaite « rendre caduque ». Les discussions ont notamment tourné autour de l’amendement du député Denys Robiliard qui concerne les pratiques de placement en chambre d’isolement et de contention. Même si les membres du collectif lui reconnaissent le mérite de vouloir limiter le recours à la contention, il apparait insuffisant à leurs aux yeux. Denys Robiliard, qui était présent dans la salle s’en est défendu et a justifié sa position.

« La sangle qui attache tue le lien qui soigne »
Hervé Bokobza, psychiatre et fondateur du collectif des 39 a commencé par qualifier la contention de « pratique d’un autre âge », mais aussi de « pratique en augmentation, banalisée ». Il fut suivi par l’ensemble des intervenants dont Serge Klopp, cadre infirmier qui dit avoir davantage attaché ces deux dernières années que durant toute sa carrière. Pour Hervé Bokobza, il est insuffisant d’encadrer juridiquement cette pratique, il faut surtout insister sur le fait que « ces actes ne soignent pas ». La plupart des interventions sont allées dans ce sens et ont cherché à dénier le caractère prétendument thérapeutique de la contention. Christian Lamotte, membre du Collectif Le Fil Conducteur a également alerté sur le fait que l’amendement risquait de banaliser la contention, concluant que « la contention est à proscrire et non à prescrire ».
Thierry Najman, psychiatre et membre du collectif des 39, a appelé à se préoccuper non seulement de la contention mais également d’autres pratiques, qualifiées de « sécuritaires ». Il a cité de nombreux rapports (rapport 2012 du Comité européen pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants et autres rapports officiels) qui soulignent une recrudescence de pratiques scandaleuses. En conclusion, il a souligné la nécessité de cesser d’opposer sécurité et liberté, la liberté créant selon lui de la sécurité.
D’autres interventions ont dénoncé une tendance à envisager actuellement les problèmes des patients davantage sous l’angle de la perturbation et de la violence que sous l’angle de l’expression d’une angoisse. Le défaut de formation des infirmiers psychiatriques (depuis la réforme de 1992) a été notamment pointé du doigt par plusieurs intervenants.
Guy Dana, psychiatre psychanalyste, a clos la table ronde, répétant que la contention n’est pas thérapeutique (« contenir est thérapeutique mais la contention n’a jamais été thérapeutique ») mais affirmant néanmoins que « l’isolement, lui, est parfois utile ».

« Si je pouvais proposer un amendement pour supprimer la contention, je le ferais »
Denys Robiliard a pris la parole à la suite de cette table ronde afin de défendre son amendement. Il a usé, pour ce faire, d’un argument pragmatique, expliquant qu’un amendement visant à interdire la prévention n’aurait eu aucune chance de passer. « A partir de là, deux, soit on ne fait rien et ça va continuer, soit il faut proposer quelque chose, quitte à ce que ce soit imparfait ». Il a ensuite expliqué n’avoir jamais soutenu que la contention était thérapeutique, expliquant que « le législateur n’a pas à énoncer ce qui est thérapeutique et ce qui ne l’est pas ».
Hervé Bokobza a pris la parole à sa suite, se montrant satisfait d’entendre que le député n’envisageait pas la contention comme une pratique thérapeutique, et souhaitant l’entendre défendre cette position au-delà de l’espace de ce colloque.

« Quand je travaille, j’ai envie qu’on me foute la paix »
Au cours de l’après-midi, le collectif et la plupart des intervenants ont également fustigé les protocoles, la démarche qualité et la Haute Autorité de Santé, désignée comme une « science d’État ». Hervé Bokobza, qui a conclu le colloque a également expliqué qu’il voulait, quand il travaille « qu’on [lui] foute la paix ». Il a dénoncé un système de défiance, et a énoncé la nécessité, pour un soignant, de se sentir en confiance.

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