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consentement capacité contrainte santé mentale

Je rêve qu’on me rétablisse ma capacité civile…

« Je rêve qu’on me rétablisse ma pleine capacité civile »… Ce ne sont pas les mots de militants promouvant la convention de l’ONU sur les droits des personnes handicapées, ni ceux d’un livre de sciences sociales ou d’un essai journalistique… Ces mots sont ceux de Katia, héroïne d’un film russe au titre révolutionnaire « Manuel de libération ». Des mots qui viennent dire la lutte de résidents d’une institution neuro-psychiatrique dans la Russie contemporaine, comme ceux de millions de citoyens, de par le monde, dont l’exercice des droits sont restreints.

Dans Manuel de Libération, la lutte est d’abord et surtout une expérience de survie, avec les compagnes et compagnons d’infortune. Elle est aussi sans doute politique : interroger le pouvoir des proches, des experts, des juges.

Suivre Katia dans sa demande de rétablissement de sa capacité civile, c’est l’écouter revendiquer un pouvoir sur ses fréquentations, son alimentation, son travail, ses choix musicaux, ses vêtements. C’est l’écouter prendre l’avis de ses proches, de professionnels qui l’accompagnent. C’est l’écouter demander la possibilité de choisir son lieu de vie.

Suivre Katia nous emmène dans des salles d’audience du fond de la Sibérie, qui ressemblent à celles d’une salle d’audience improvisée dans un hôpital psychiatrique de Paris ou New York. Il n’y a pas de drapeau , mais une photo du président et du premier ministre ;  les juges y portent une robe noire, les assesseurs restent silencieux.

En mars 2011, Katia est accompagnée dans la salle d’audience. La juge se met à lire à haute voix. Date de naissance : 19 février 1981. Puis des documents d’expertise. Ceux de la psychologue. Ceux du psychiatre. Qui disent l’accouchement difficile. Puis l’abandon à la naissance. Qui disent un tout léger retard mental. Qui disent des frustrations de vie qui produisent des moments contestataires. Ou des moments soumis. Katia se tait. Puis demande son rétablissement, sa capacité civile. Refus.

Suivre Katia nous conduit dans des centres médico-psychologiques et assister aux méthodes des experts. Faire dessiner pour interpréter. Faire compter pour quantifier un quotient intellectuel. Faire raconter pour diagnostiquer une pathologie.

Suivre Katia, c’est attendre année après année un jugement civil pour la libérer des expertises, des actes administratifs, des diagnostics, qui l’interdisent plus qu’ils ne l’accompagnent.

Dans Manuel de Libération, comme dans tant de juridictions civiles dans le monde, le rétablissement de la pleine capacité civile est suspendu à la délibération de la cour ; en fait, celle d’un juge, seul, qui est dit gardien des libertés individuelles.

La liberté civile se délibère-t-elle?

Manuel de Libération est dans les salles de cinéma depuis le 19 octobre dernier. Cf. aussi la critique du Monde.

 

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