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Etats-Unis : entre violences policières et préoccupation politique, quel traitement médiatique pour les personnes vivant avec des troubles mentaux?

La presse américaine et internationale est souvent secouée par des faits-divers relatant la mort de personnes afro-américaines, tuées par la police dans des circonstances ambiguës – donnant même naissance au mouvement #BlackLivesMatter, qui lutte contre le racisme systémique aux Etats-Unis.

Depuis plusieurs années, on voit monter un autre genre de violences policières   considérées largement comme illégitimes, envers les personnes vivant avec des troubles mentaux. Les préjugés négatifs (implicite biases, en anglais) envers cette population sont une partie du problème, alors que le manque de formation des forces de police en est le complément. Dans un contexte américain où les personne atteintes de maladie mentale sont souvent confrontées au sans-abrisme, les policiers n’apprennent pas assez à gérer les crises psychiatriques qui se déclarent parfois dans l’espace public. Ainsi, on recense depuis le début des années 2010 plusieurs faits-divers impliquant directement des policiers dans la mort de personnes malades psychiques.

Tonya Tartour a rédigé ce mois-ci un article pour le site The Conversation revenant sur ces différentes histoires de violences policières, et leur traitement médiatique. L’article insiste aussi sur la parole politique d’Hillary Clinton qui fait la part belle à la santé mentale dans son programme présidentiel.

Quelques jours après la publication de cet article, un nouveau fait-divers a frappé la ville de New York. Deborah Danner,  66 ans dont 35 avec schizophrénie, habitante du Bronx, afro-américaine et intégrée dans sa communauté a été tuée par balle par deux officiers de police appelés à son domicile par ses voisins qui avaient l’habitude d’appeler les secours quand elle décompensait. Dès le soir-même, le retentissement médiatique a été immense à l’échelle de la ville de New York, faisant notamment la une du quotidien Daily News titrant « Le policier new yorkais impliqué dans la mort d’une femme dans le Bronx n’a pas respecté le protocole maladie mentale » ; le maire Bill de Blasio a tweeté sa détermination à faire toute la lumière sur ce qu’il s’est passé. Des dizaines d’articles sortent alors dans la presse locale et nationale donnant la parole aux policiers, aux voisins, aux activistes. Quelques jours plus tard une tribune dans le prestigieux New York Times commence à tirer toutes les conséquences de cette dernière tragédie, en introduisant le propos par ces mots « Remember the name : Deborah Danner ». Est-ce parce que Deborah Danner était une militante active des droits civiques, et qui avait justement dénoncé les violences policières envers les personnes atteintes de schizophrénie dans un texte en 2012 que sa mort fait couler autant d’encre? Ou bien parce que l’action a lieu à New York où est mis en place un grand plan de renforcement du système de santé mentale, dont un pan important concerne la formation des forces de l’ordre?

Pour en savoir plus sur le système de santé mentale aux Etats-Unis, suivez les recherches des membres du Collectif Contrast aux Etats-Unis sur la page internationale « Amérique du Nord » !

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Auteur : TonyaTartour

Doctorante en sociologie au Centre de Sociologie des Organisations et membre du Collectif Contrast

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