collectif CONTRAST

consentement capacité contrainte santé mentale

« Quand la prison prend soin », Camille Lancelevée docteure en sociologie

Camille Lancelevée, rattachée au laboratoire IRIS et membre du Réseau des Jeunes Chercheurs Santé et Société, a soutenu sa thèse de sociologie, le 25 octobre dernier, à l’EHESS : Quand la prison prend soin. Enquête sur les pratiques professionnelles de santé mentale en milieu carcéral en France et en Allemagne (sous la direction conjointe de Marc Bessin et Michel Bozon). Elle a reçu les félicitations unanimes de son jury, auquel a participé Livia Velpry.

Résumé : Si l’Allemagne dispose depuis les années 1930 d’hôpitaux psycho-légaux (Maßregelvollzug) pour les auteurs d’infractions présentant des troubles mentaux, les prisons françaises se dotent, à partir des années 1970, de services psychiatriques destinés aux personnes détenues. Dans un contexte de pénalisation des malades mentaux et de pathologisation de certains crimes, l’entrée de professionnel·le·s en santé mentale dans les établissements pénitentiaires pose la question de l’hybridation du soin et de la peine dans un objectif de défense sociale. Cette thèse interroge cette hybridation dans une perspective comparative franco-allemande : en revenant sur les liens historiques tissés entre psychiatrie et système pénal dans les deux pays, l’analyse montre comment les héritages institutionnels éclairent le rôle des professionnel·le·s en santé mentale dans la division du travail de prise en charge des personnes placées sous main de justice.

A partir des terrains ethnographiques réalisés dans deux prisons allemande et française d’une durée respective de cinq mois, la thèse étudie les modalités d’articulation des pratiques soignantes et pénitentiaires : si la prison de Tourion (France) se présente comme une institution fragmentée, dans laquelle les services de soin psychiatrique se tiennent en marge du traitement pénitentiaire, la prison de Grünstadt (Allemagne) est le lieu d’une coopération renforcée des personnels soignants et pénitentiaires autour du suivi psycho- criminologique des personnes détenues. Dans les deux pays cependant, la présence de ces professionnel·le·s engendre des effets ambivalents : tout en produisant de l’attention pour la souffrance psychique des personnes détenues, elle participe à légitimer le projet d’une peine thérapeutique, à perpétuité pour les plus « dangereux ». Cette thèse illustre in fine les transformations contemporaines d’une institution pénitentiaire devenue « asile », c’est-à-dire tout à la fois un lieu dans lequel s’entrelacent la peine et le soin dans des agencements insolites, mais également l’un des derniers lieux d’accueil de certaines formes de folie. Au-delà de la prison, cette thèse contribue à l’analyse des liens entre transformations institutionnelles et évolutions des mondes professionnels.

Publicités

Les commentaires sont fermés.