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Suite au 1er ciné-forum Contrast : une thérapeutique du débat sur les contraintes en santé mentale ?

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Le premier ciné-forum du Collectif Contrast autour du film « Manuel de libération » s’est tenu à la Ferme du Vinatier (le 12 avril dernier) avec différents professionnels et contributeurs Capdroits qui ont débattu autour du film. Voici un compte-rendu subjectif de la soirée, rédigé par Benoît Eyraud à la suite des retours de différents participants et contributeurs.

Beaucoup d’attente pour ce premier ciné-forum Contrast, et pour cette première scène de débats dans le cadre du projet capdroits…

Onze invités : Céline, Nadji, Fabienne, Gabriel, Elisa, Caroline, Olivier, Céline, Catherine, Yannick.  Cinq invités professionnels, juge des tutelles, psychiatre, assistante sociale de psychiatrie, et mandataires judiciaires à la protection des majeurs ; six invités au titre de leur participation à un groupe Capdroits et de leur expérience de l’exercice des droits en situation de fragilisation pour des raisons de santé mentale. Toutes les invitées professionnelles se trouvent être des femmes. Tous les invités du groupe Capdroits sont des hommes, sauf Elisa, qui est aussi la plus jeune intervenante au débat, dix-neuf ans, indiquera-t-elle en se présentant.

Bénédicte et Coline, organisatrices, formulent des mots d’accueil, des mots de présentation du film. La salle semble pleine, autour d’une cinquantaine de personnes. Beaucoup d’attention pendant le film, et des têtes qui se hissent pour parvenir à lire les sous-titres. On part loin et pour certaines ou certains, ça parle.

Le film se termine. La scène de forum va se mettre en place. Les appréhensions sont présentes : la peur de ne pas avoir assez énoncé les règles du débat, l’équité des temps de parole, la vigilance au regard des habitudes très inégales de prendre la parole en public.

Roman, co-organisateur et modérateur, propose aux invités de venir sur l’estrade. Les professionnels montent spontanément ; les invités Capdroits attendent, qu’on leur propose de monter ; Nadji et Olivier restent en retrait, n’ayant pas compris qu’ils leur revenaient également de monter. Pendant les repérages, l’après-midi, ils avaient décidé que oui, les intervenants seraient sur une estrade, sous le feu des projecteurs.

Roman se présente au public, et demande à chacun de se présenter. Les professionnels présents énoncent leur profession. Pour la plupart, les intervenants du groupe Capdroits disent leur appartenance à ce groupe, et aussi leur âge. Dire une identité sur scène. Présentations civiles. Profession pour les uns. Age pour les autres. Continuum ou barrière entre la vie nue et la vie instituée. Puis vient le moment des premiers commentaires sur le film.

Catherine, assistante sociale de psychiatrie, ouvre les prises de parole. Il n’y aurait rien de comparable entre les internats neuro-psychiatriques russes, les secteurs sanitaires et médico-sociaux. Elle a raison. Les dispositifs institutionnels diffèrent beaucoup. Pour autant, l’anxiété monte. Va-t-il être possible de faire débat ? Céline, psychiatre, fait un lien. Certes, ce n’est pas l’hôpital psychiatrique. Mais ce peut être des formes de vie vécues en foyer de vie.

Puis c’est au tour de Fabienne, juge des tutelles, au centre de l’arc-de-cercle. Elle marque qu’elle a donc le rôle de cette juge qui dans le documentaire est très froide. Pour s’en démarquer aussi. Il est possible de parler dans son bureau. Et puis les auditions ne se font pas en salle d’audience, même si une certaine pression de la hiérarchie se fait sentir.

Fabienne adresse le micro à Olivier, son voisin. Il esquisse un geste. Fait remarquer qu’il a déjà un micro. L’espoir qu’il va prendre la parole. Benoît l’interpelle de loin, « allez Olivier ». Très vite, la honte d’avoir formulé cette injonction à prendre la parole. Dans le même temps, Elisa avait sollicité le micro. Olivier, assis également au centre de l’arc-de-cercle, ne prendra pas la parole du débat.

C’est Elisa qui prend alors la parole. Puis Nadji. Puis Yannick.

Les formules exprimées pendant l’après-midi ne sortent pas. Elisa « met des gants » pour interpeller des professionnels, là où elle rappelait que ceux-ci ne prennent pas de gants.

Il y a de la tension.

Une personne du public vient intervenir sur scène. Il parle de la vertu nécessaire. Ses voisins diront plus tard que ce n’est pas tout à fait ce qu’il voulait dire. Une fois sur scène, les mots venus ne sont pas les mots qui avaient été pensés. Les forces de l’espace public. Ce qui peut se dire. Ce qui ne peut pas se dire. Les formes qu’il faut donner pour réussir à dire.

Roman s’apprête à aller donner la parole à Olivier. Il monte sur l’estrade, trébuche, se casse la figure…sans mal ; un moment de détente pour la salle ; un symbole de la psychiatrie à terre, faute de moyens, faute d’être écrasé par les procédures, faute d’élaborer un sens encore à ce pouvoir de contrainte… Un geste thérapeutique pour ce forum, qui ouvre la voie à un autre geste de régulation de ce débat. Par Elisa. Elle reprend la parole : il y a trop de tension dans ce débat, il ne s’agit pas de dire que les professionnels font mal leur travail. Ce n’est pas ce qui avait été dit.

Les questions commencent à venir de la salle. Arnaud, animateur Capdroits, interroge. C’est une occasion pour Gabriel de raconter cette difficulté à accéder à la justice : cette lettre d’appel. La situation décrite est présentée par les professionnels présents comme un dysfonctionnement local. Le problème est ramené au singulier. Cela ne fait pas problème public. Il faudra continuer à dire, à expliquer, que cet exemple n’est pas anecdotique.

Olivier se tait.

La discussion s’anime un peu avec quelques personnes du public, pendant que d’autres commencent à partir. Il est temps de clôturer le forum.

Les intervenants partent vite, laissant la place aux débriefings et commentaires.

Des commentaires de professionnels, qui viennent dire l’importance d’entendre la voix des personnes qu’ils soignent, qu’ils accompagnement, en dehors du cadre professionnel. Des frustrations d’avoir reproduit des positions asymétriques, d’avoir participé à une forme d’injonction à participation. Le soupçon est fort, s’insinuant au cœur du projet Capdroits.

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